
lusieurs savants sont persuadés que
Salomon a écrit ce livre étant déjà fort vieux et sur la fin de sa vie, après s'être longtemps écarté du droit chemin de la piété et de la vertu, et s'être enfin repenti et converti au Seigneur. (Voir ce que nous avons remarqué
2 Chroniques 2, sur le v. 17.) Il y déclare par l'inspiration du Saint Esprit, et devant toute l'Eglise de Dieu, le regret et le déplaisir qu'il avait conçût de sa vie passée, en la détestant comme n'ayant été que pure vanité, incapable de donner à personne quelque véritable repos ou quelque solide contentement d'esprit, beaucoup moins de le mener à la jouissance du souverain bien et du salut éternel: Et son but est pareillement de conduire tous les autres par son exemple à la piété et à la probité. Pour cet effet, il décrit premièrement en bref tout le cours de sa vie, et ce en quoi il avait principalement établi son plaisir et sa satisfaction. Et puis il rapporte aussi d'avoir pris garde à la conduite et à la conversation des mortels, et examiné à quoi ils s'étudient et s'attachent avec plus d'application, et reconnu que le tout n'est autre chose que vanité mêlée de plusieurs pensées criminelles et impies: Il déclare de plus, que le monde, son être, ses biens, ses plaisirs, ses accidents et ses ordres, étant tout-à-fait vicieux et corrompus par la vanité que le péché y a introduit, puisque tout y est passager en sa durée, incertain en sa conduite, inégal sa teneur, dénué d'une félicité durable, le sage n'y doit point asseoir ses espérances, ni y mettre son coeur, pour en désirer passionnément les biens, ou penser en corriger ou éviter tous les désordres et tous les maux: mais il se doit éjouir modérément, sans chagrin et sans avarice, bien qu'avec soin et diligence, en sa légitime vocation, en la jouissance passagère des bénédictions qu'il aura reçues de la main libérale du Seigneur; conformant ses sentiments, et ses mouvements de joie ou de tristesse, à la variété des teins et des accidents qui surviennent en cette vie, par la dispensation de la toute-sage et toute-puissante Providence de Dieu, qui gouverne tout cet univers selon qu'il lui plaît; sans que les choses s'y fassent simplement à l'aventure et que la conduite en soit absolument hasardeuse, comme plusieurs se l'imaginent faussement. Enfin il exhorte les hommes de se remettre à la conduite de la véritable Sagesse, en craignant Dieu sincèrement, lui obéissant fidèlement, et s'appliquant constamment à toute sorte de bonnes oeuvres; se proposant toujours devant les yeux, surtout pendant qu'ils sont encore jeunes, vigoureux et de bon sens, l'incertitude de cette vie, la certitude de la mort, la terreur du jugement inévitable de Dieu, et les joies de l'éternité: Tellement que ce livre se peut nommer à bon droit, le trésor des enseignements de la vraie félicité et du souverain bien de l'homme. Quand à ce qui en concerne l'inscription, il s'appelle
Koheleth en Hébreu, et
Ecclésiaste en Grec: Le mot de
Koheleth, qui ne se trouve qu'en ce livre, vient de
Kahal, qui signifie autant qu'
assembler, ou
convoquer; tellement que
Koheleth, vaudrait autant qu'une âme ou une personne, qui convoque et rassemble les autres: Car aussi tous les hommes sont de leur nature des brebis éparses et égarées; mais Dieu envoie ses serviteurs, comme de bons bergers pour rassembler: Quelques-uns pensent que ce soit l'un des noms propres de
Salomon, qui fut aussi appelé
Jédidja, et
Lémuel; ce qu'ils infèrent même de ce qu'étant d'une terminaison en apparence féminine, il se joint pourtant toujours à un verbe masculin,
amar Koheleth: Tel est aussi le sentiment de plusieurs hommes célèbres entre les maîtres des Juifs. Et quand au titre Grec, ce mot
Ecclésiaste, signifie proprement le
Prêcheur: Ce qui ne se doit pas prendre, comme si
Salomon se fût appliqué personnellement à prêcher devant le peuple, (car cela était proprement de la charge des Prophètes, des Sacrificateurs et des Lévites) mais parce qu'en ce livre il propose à toute l'Eglise, comme un sermon excellent, et une homélie exquise, fournie d'instructions et d'exhortations salutaires et de grande édification. Bien qu'il se puisse faire que lui-même l'ait lu ou fait lire au Temple devant tout le peuple. D'autres entendent par l'
Ecclésiaste, celui qui fait un discours public en l'Eglise, comme faisaient autrefois ceux qui confessaient publiquement et devant tous les fidèles les péchés qu'ils avaient commis, et protestaient solennellement de leur repentance.